Maladie mentale et médias

3–5 minutes

Comment les films et la télé représentent les troubles psychologiques.

Les médias, qu’il s’agisse de films ou de séries, jouent un rôle significatif dans la façon dont la société perçoit et comprend les maladies psychiatriques. Cependant, cette représentation n’est pas toujours fidèle à la réalité et peut parfois perpétuer des stéréotypes ou des idées fausses. Dans cet article, nous explorerons la manière dont les médias abordent les maladies mentales en examinant les tendances, les clichés et l’impact sur la perception du public.

Même s’il y a des évolutions, la population générale reste marquée par les représentations courantes faites de la maladie mentale.

Une tendance persistante dans les médias consiste à lier les maladies psychiatriques à des comportements violents, créant ainsi une fausse association entre la maladie mentale et la dangerosité. Cette représentation erronée peut contribuer à la stigmatisation des personnes souffrant de troubles mentaux, renforçant ainsi des idées fausses et alimentant la peur.

Un autre problème réside dans la simplification excessive des maladies psychiatriques pour les besoins du scénario. Les médias ont parfois tendance à réduire des troubles complexes et variés à des clichés ou à des archétypes, ce qui peut éloigner le public de la réalité des expériences vécues par les personnes touchées. Par exemple, la schizophrénie est souvent dépeinte de manière sensationnaliste, avec des personnages présentés de manière irréaliste et déconnectée de la réalité. Elle est souvent associée à des comportements violents et imprévisibles. Les personnages schizophrènes sont parfois dépeints de manière stéréotypée, avec des hallucinations visuelles et auditives exagérées, ce qui ne reflète pas toujours la réalité de cette condition complexe. De plus, la schizophrénie est parfois confondue avec d’autres troubles, notamment la bipolarité, en raison d’une compréhension limitée des nuances de chaque maladie.

En outre, les médias ont parfois du mal à équilibrer la nécessité de créer un récit captivant avec la responsabilité de représenter fidèlement les maladies psychiatriques. Il peut y avoir une tentation de dramatiser les symptômes ou de les exagérer pour susciter l’intérêt du public, mais cela peut entraîner une déformation de la réalité et contribuer à des perceptions erronées.

Ainsi, la bipolarité, caractérisée par des épisodes maniaques et dépressifs, est également sujette à des représentations inexactes dans les médias. Les scénarios dramatiques préfèrent souvent exagérer les aspects sensationnels des épisodes maniaques, les présentant comme des moments de pur bonheur ou de créativité débridée, sans tenir compte des conséquences déstabilisantes sur la vie quotidienne des personnes atteintes de ce trouble. Cette tendance à glamouriser ou à simplifier la bipolarité peut entraîner une confusion avec d’autres conditions.

La troisième pathologie souvent confondue dans les médias est le trouble dissociatif de l’identité (TDI), anciennement connu sous le nom de trouble de la personnalité multiple. Dans de nombreuses séries et films, le TDI est souvent présenté de manière sensationnaliste, avec des changements de personnalité dramatiques et soudains. Cette représentation ne reflète pas toujours la réalité de la condition, qui est complexe et souvent difficile à diagnostiquer. La confusion entre le TDI et d’autres troubles psychiatriques peut découler de ces interprétations inexactes.

Des traits de personnalité non pathologiques sont parfois eux aussi exagérés ou mal interprétés dans les médias, contribuant ainsi à la confusion. Par exemple, des caractéristiques de la personnalité telles que l’excentricité ou l’intensité émotionnelle, peuvent être présentées de manière à faire croire qu’elles sont synonymes de troubles mentaux plus graves (qui n’a jamais entendu la confusion lunatique/schizophrène ou lunatique/bipolaire ?). Cette généralisation peut renforcer des stéréotypes et contribuer à une mauvaise compréhension des différences entre les comportements normaux et les symptômes cliniques.

Les raisons de cette confusion dans les médias sont multiples. D’une part, la complexité des troubles mentaux peut rendre difficile leur représentation fidèle dans le cadre limité d’un film ou d’une série. Les créateurs peuvent choisir de simplifier les scénarios pour les rendre plus accessibles au public, mais cela peut entraîner une distorsion de la réalité. D’autre part, la quête de l’audience et de la dramatisation peut l’emporter sur la nécessité de présenter des représentations précises et équilibrées des troubles mentaux.

Pour remédier à cette confusion, il est essentiel que les créateurs de médias collaborent avec des experts en santé mentale afin de garantir des représentations plus authentiques. L’éducation du public sur la diversité des troubles mentaux et la promotion d’une représentation précise dans les médias peuvent contribuer à démystifier ces conditions et à lutter contre la stigmatisation associée.

pour en savoir plus : https://www.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2017-6-page-507.htm