
Pourquoi si peu de psychologues en font partie ?
Il s’agit là probablement d’une question que vous vous posez souvent, si vous êtes à la recherche d’un psychologue.
Nous sommes effectivement une grande majorité de psychologues à ne pas vouloir adhérer à ce système, et je voudrais vous expliquer un peu pourquoi.
Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un refus de notre part de vous permettre d’être remboursés pour vos consultations. Bien au contraire, puisque la mise en place d’un remboursement permettrait un accès plus large au soin psychique.
Le refus se cache dans les détails du système :
- cela vous oblige à d’abord évoquer vos difficultés avec un médecin, afin qu’il vous prescrive ces séances. Une fois un psychologue trouvé, il faut à nouveau exposer ces difficultés.
- les conditions d’inclusion sont très limitées : « souffrance psychique d’intensité légère à modérée (troubles anxieux et/ou dépressifs, troubles du comportement alimentaire, mésusage du tabac, de l’alcool et du cannabis) ».
- les critères d’exclusion : les troubles anxieux ou dépressifs dits « sévères » (y compris avec risques suicidaires), les troubles du comportement alimentaire avec risques pour la santé, personnes avec traitement antidépresseur, hypnotique ou avec benzodiazépine depuis 1 à 3 mois, toute personne sous psychotropes, personnes bipolaires ou borderline traitées par antiépileptiques. Pour résumer -> si vos problèmes sont assez « sévères » pour nécessiter un traitement, vous ne pouvez pas entrer dans le dispositif.
- seules 8 séances sont remboursées par an, incluant la première séance qui sert à évaluer les difficultés. Peu de psychologues acceptent un tel délai, car il faut du temps pour aller mieux.
Outre ces points, voici ceux qui concernent directement le psychologue :
- un patient avec tiers-payant qui ne fait pas l’ensemble de séances entraîne un non paiement total pour le professionnel qui aura alors travaillé « gratuitement ».
- on nous demande au moins 3 ans d’expérience. Il s’agit certes d’une sécurité pour les usagers du dispositif, mais un professionnel avec autant d’expérience a probablement déjà un agenda bien rempli, difficile à concilier avec un afflux de nouveaux patients.
- les tarifs, bien inférieurs à ceux que nous pratiquons au regard de notre formation et de nos diplômes : 40 euros la séance d’évaluation (qui dure 45 minutes à 1 heure) ; 30 euros pour les 7 séances de suivi (avec une durée conseillée de 30 à 40 minutes).
- nous avons l’obligation de transmettre des informations à votre médecin à la fin du suivi, ce qui peut nuire à la confidentialité.
La prescription médicale est un point essentiel du désaccord des professionnels avec le dispositif. Les psychologues ont toujours eu liberté d’action et d’intervention, distincte des médecins, notamment le droit de déterminer la fréquence et la durée d’un suivi.
Pour illustrer l’ampleur du refus des professionnels, je vous partage les chiffres fournis par le Syndicat National des Psychologues : en décembre 2022, sur 28 367 psychologues inscrits au registre ADELI, seul 2 094 (soit 7%) sont conventionnés MonParcoursPsy [Informations tirées du site MonParcoursPsy.santé.gouv et auprès du Syndicat National des Psychologues (SNP)].
Vous pouvez trouver d’autres avis sur le sujet dans cet article de France 3, ou bien sur les réseaux sociaux à travers les publications du groupe ManifestePsy (page Facebook, LinkedIn).
Mise à jour du 07/04/2023 :
J’ai appris que le dispositif avait été modifié. Désormais, il n’y a plus de critère d’inclusion ou d’exclusion. Toute personne de plus de 3 ans, sauf en cas d’urgence ou de risque suicidaire, peut bénéficier du système MonParcoursPsy.
Les règles pour les professionnels ne changent cependant pas. Il faut toujours 3 ans d’expérience, et la rémunération n’est pas modifiée. Le risque sera donc d’avoir plus de demande du côté patient, mais la même offre côté professionnels. L’idée à terme semble cependant être de supprimer la condition d’expérience, afin de permettre à de jeunes diplômés de se conventionner.